Maroc: Se reconstruire en contexte Covid

  • 05 octobre 2020 / Analyses / 94 / Fares RAHAHLIA


Maroc:            Se reconstruire en contexte Covid

Ingénieur de formation, Driss Benhima a occupé plusieurs postes au sein de l'administration: ancien PDG de la RAM, directeur de l'Agence du Nord, DG de l'ex-ONEE, ministre des Transports et des Mines et wali de Casablanca. Depuis son départ à la retraite en 2016, il s'est rapproché du parti de l'Istiqlal
Fournir des clefs de décryptage pour tenter de comprendre une conjoncture inédite, suggérer des pistes de relance... A partir de ce numéro, L'Economiste propose à ses lecteurs une série d'entretiens avec des économistes et personnalités de premier plan. Driss Benhima pour cette édition.
- L'Economiste: Comment faire face au tsunami des faillites d'entreprises?
- Driss Benhima: Je ne crois pas qu'il y ait une recette infaillible, on ne peut que tenter de minimiser la casse. Pour les entreprises dont le business model n'est pas en crise, les faillites sont liées à une baisse temporaire de la demande. Il faut préserver les outils, comme les hôtels par exemple dans le tourisme, et permettre aux entreprises de se mettre en hibernation, dans une démarche concertée entre les secteurs économiques concernés et l'Etat: un reprofilage de la dette en particulier, le report des échéances avec allongement des durées des prêts comme ce qui a été fait pendant les trois mois de confinement, la prise en charge partielle des personnels par l'Etat et l'exonération des prélèvements fiscaux et sociaux.
Le retour à la normalité de la vie sociale doit être accéléré au maximum afin de réduire au plus vite la baisse de la demande intérieure, sachant que nous sommes impuissants devant la baisse de la demande extérieure.
Pour les entreprises dont le business model est condamné même après la reprise, on ne peut que faciliter et accélérer les processus administratifs de dépôt de bilan afin de préserver au maximum des pertes de valeur inutiles.
- Jusqu'où le gouvernement pourrait-il activer le levier de la dette pour faire face aux impacts économiques et sociaux de la crise?
- Je ne vois pas de limite autre que la capacité des pouvoirs publics à lever de la dette. Tout endettement est bon à prendre si cela doit nous permettre d'accélérer le retour à la croissance. Il y a le feu au lac.
- Un bon plan de relance devrait-il s'appuyer uniquement sur la distribution d'aides?
- Uniquement, sûrement pas, mais essentiellement: oui. Premièrement, il s'agit de soutenir les couches fragiles de la population afin d'éviter les risques d'une crise sociale. La crise sociale est déjà là et douloureuse, il s'agit de ne pas l'aggraver en soutenant par des aides directes et ciblées les couches les plus menacées.
Deuxièmement, la distribution d'argent hélicoptère dans la consommation populaire est le moyen le plus sûr de relancer la production nationale de biens de consommation. Mais il faut pour cela s'assurer que la suspension de certains accords de libre-échange permette à la production nationale d'être la bénéficiaire de ces aides et que les montants distribués ne bénéficient pas aux importations de l'étranger. A noter que la relance de la croissance nationale par la facilitation des crédits ne fonctionnera que si le marché intérieur est suffisamment protégé. Si ce n'est pas le cas, peu de projets d'investissement seront réellement bancables, garantie de l'Etat ou pas.
Attention de vérifier que la production intérieure est suffisamment concurrentielle pour que les barrières aux importations ne permettent pas à un nombre trop restreint d'opérateurs d'exploiter la situation de protection au détriment des consommateurs. Paradoxalement, un plan de relance consistera plus à soigner les dysfonctionnements existants qu'à imaginer de nouvelles initiatives sophistiquées. La régulation concurrentielle des marchés pour éviter les situations de rente, la protection contre les marchandises importées en dumping, l'assainissement de la fiscalité pour stopper la toxicité de l'informel de fraude sont des facteurs plus importants pour relancer l'économie que de nouveaux instruments coûteux d'aide à l'investissement.


source: L'Economiste

Analyste: Driss Benhima

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