Maroc: l'entrepreneur marocain qui a réussi en Espagne

  • 22 septembre 2020 / Analyses / 185 / Fares RAHAHLIA


Maroc:          l'entrepreneur marocain qui a réussi en Espagne

Né à Palma de Majorque, le groupe Ok Cars Mobility, fondé et dirigé par le Marocain Othman Ktiri, est un spécialiste de la mobilité urbaine qui offre des solutions innovantes de location ou de vente de véhicules. L'entreprise, considérée comme une success-story dans sa région, compte s'implanter prochainement au Maroc.
Vous êtes ingénieur agronome de formation. Comment avez-vous atterri dans le secteur de l'automobile et dans l'entrepreneuriat en général ?
À priori, il n'y a aucun lien logique entre ma formation académique et mon parcours professionnel. J'ai atterri à Palma de Majorque pour effectuer des stages en relation avec mes études. Dans cette île, j'ai travaillé pour des enseignes de la grande distribution, française comme espagnole. J'ai ensuite négocié un léger virage pour m'initier au volet commercial en intégrant un groupe français d'automobile. C'est auprès de ce constructeur automobile de renom que j'ai découvert ma passion pour l'univers des quatre roues et ma vocation entrepreneuriale. Une sorte de révélation, en quelque sorte. Après deux ans au sein de cette entreprise, j'ai décidé de me lancer dans le monde entrepreneurial et de vivre ma propre aventure. C'est ainsi que j'ai intégré le business de l'automobile.
Et c'est sur un territoire insulaire, donc limité sur le plan géographique, que vous avez lancé un business en relation avec l'automobile et la mobilité. Curieux comme choix, non ?
Effectivement, c'est paradoxal car le schéma classique aurait voulu que j'évolue professionnellement dans l'un de mes deux pays, à savoir le Maroc ou la France. Or, j'ai coûté de l'argent à mes deux pays, et c'est l'Espagne qui récolte les fruits de ma formation et de mon expérience. Palma de Majorque est une ville balnéaire et une destination touristique privilégiée.
Comment cette vocation entrepreneuriale a-t-elle vu le jour ?
Je crois que c'était un cheminement naturel, compte tenu de mes origines et de mon entourage familial. Ma mère gère une pharmacie à Casablanca et mon père est entrepreneur. L'entrepreneuriat est une affaire de famille chez nous. J'étais aussi motivé par ce besoin de créer et d'apporter une valeur ajoutée à des secteurs qui sont a priori saturés. Toutefois, grâce à mon expérience, j'ai démontré que j'étais capable d'innover et relever le challenge même dans une activité telle que la distribution automobile et la location de voitures, que l'on considère comme saturée. Ok Cars a pu se faire une place et décrocher une part de marché assez importante. Il s'agit d'un travail de longue haleine, que je mène depuis quinze ans, qui demande logique, cohérence mais aussi une bonne dose d'improvisation.
Quelle était votre expérience à vos débuts ?
Je me souviens que, lorsque j'ai démarré mon business, j'étais seul dans un minuscule bureau ; au fil des ans, l'entreprise s'est naturellement agrandie, sans jamais mettre la charrue avant les bœufs et sans faire appel au financement des banques, du moins au début. J'ai adopté un business model qui me permettait de ne pas faire appel au financement des établissements bancaires, misant plutôt sur la capacité financière des clients et des fournisseurs. Comme j'étais un «trader de véhicules», l'activité en elle-même me permettait de me passer du cash et d'encaisser ma commission une fois la transaction conclue. En 2010, quand j'ai décidé de me lancer dans la location de voitures, il était primordial de faire appel à un financement des banques et de solliciter un prêt. Je dis toujours aux entrepreneurs en herbe que j'ai commencé avec zéro euro, mais nous avons tendance à oublier qu'une bonne formation et un parcours éducatif de qualité sont des atouts qui font pencher la balance en notre faveur et, sur ce point, je m'estime chanceux.
Fait-il bon entreprendre en Espagne ?
En Espagne, on distingue deux types d'hommes d'affaires. Il y a «el emprendedor», celui qui entreprend, innove, prend le risque et met au point un produit ou service inédit d'une manière ou d'autre, à ses risques et périls. L'autre terme désigne «el empresario», qui est un chef d'entreprise. En général, la politique économique est favorable aux porteurs de projets et aux entrepreneurs. Il existe des organismes semi-publics dont la mission principale est d'épauler les entités entrepreneuriales pour trouver des débouchés à l'international, la formation, etc. Après, nous n'avons aucun soutien financier direct, ni même de politique fiscale favorable. Mais le climat est propice à l'entrepreneuriat, et j'en suis aujourd'hui au stade de la reconnaissance, après avoir connu une longue période de doutes, de critiques désobligeantes voire de rumeurs malsaines.


source: Aujourd'hui le Maroc

Analyste: Saâdeddine El Othmani

Saâdeddine El Otmani (en ...

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