Les entreprises ont le pouvoir d’action si elles souhaitent aller vers le digital

  • 29 juin 2017 / Analyses / 516 / Emerging Africa


Les entreprises ont le pouvoir d’action si elles souhaitent aller vers le digital

A l’ère des difficultés économiques, en quoi consiste la transformation digitale ?

Les spécialistes s’accordent pour dire que «la transformation digitale, parfois appelée transformation numérique, désigne le processus qui consiste pour une organisation à intégrer pleinement les technologies digitales dans l’ensemble de ses activités». Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une ère où il est indispensable d’adopter le digital ; l’entreprise ne doit pas subir la technologie, bien au contraire. L’arrivée massive du digital dans le secteur professionnel entraîne des changements comportementaux que l’entreprise doit s’approprier pour en tirer profit.


A la fin du siècle dernier, l’économie traditionnelle pouvait cohabiter avec l’économie numérique ; aujourd’hui, à l’époque de la mutation progressive des technologies, la création d’une entreprise qui ne serait pas, a minima, digitalisée, ne peut pas résister face à la concurrence. Il est inconcevable d’éviter les transformations fondamentales qu’entraîne la digitalisation par la dématérialisation de l’entreprise, la numérisation de toute son activité professionnelle.


En effet, le digital est un essor de croissance dans tout ce qui fait la vie de l’entreprise par sa capacité d’améliorer sensiblement les résultats en termes de chiffre d’affaires (CA), de performances et de productivité, de prospection et de gain de leads ou de clients, c’est aussi l’accès facile des collaborateurs aux ressources internes de l’entreprise comme la base de connaissances, les procédés et les outils de gestion…


La transformation digitale a bouleversé en profondeur la dynamique des entreprises et de ses collaborateurs par l’intégration des nouvelles technologies, notamment des progiciels de gestion intégrée (ERP) avec la création des nouveaux processus pour l’optimisation et l’introduction de nouveaux outils pour l’amélioration de la relation client et des outils décisionnels pour minimiser les risques et consolider son activité par la digitalisation des flux commerciaux et le marketing.


Ce qui est évident aujourd’hui, c’est que l’informatique, la data, les progiciels, les algorithmes et les réseaux vont permettre aux chefs d’entreprise de se réinventer à l’heure du numérique à évoluer et se former. Cette transformation digitale est aussi en marche dans les administrations avec la stratégie «E-Gouvernement», l’état civil est pratiquement totalement digitalisé, la justice, la CNAS, d’autres administrations ne vont pas tarder à suivre ! Cela reste formidable pour les citoyens.


- A l’ère de l’économie numérique, comment faire pour inciter les entreprises à passer vers cette transition du digital et rattraper le retard ?


Cette exigence vient d’abord de l’environnement extérieur ; le citoyen, le client ou le consommateur n’est plus le même que celui des années 70’ ou 80’. avant d’acheter quoi que ce soit, il fait souvent une recherche sur le Net pour avoir une idée sur le prix, la qualité ainsi que les retours des consommateurs ; si les produits de l’entreprise ne sont pas présents sur la Toile, ils risquent de ne pas être visibles pour être achetés. Le marché lui-même est en mutation, l’entreprise doit s’adapter pour le suivre ou disparaître !


De récentes enquêtes menées dans des pays avancés dans ce domaine confirment ce constat, ils sont plus de 59% des clients qui souhaitent acheter sur le Net, alors qu’elles sont à peine 15% des entreprises qui proposent leurs produits sur le Net ! Le gap est réel, il y a encore du chemin à faire pour arriver au sommet !


Les entreprises sont détentrices d’un réel pouvoir d’action ; si elles souhaitent aller vers le digital, une démarche de coaching d’entreprise doit être mise en place pour permettre d’accompagner les dirigeants et leurs collaborateurs dans ce projet en intégrant cette nouvelle dimension dans leurs tâches quotidiennes.


En premier lieu, c’est au chef d’entreprise d’inspirer la culture du digital au sein de l’entreprise afin que ses collaborateurs n’aient pas à subir cette évolution, mais d’en devenir les acteurs pour garantir la faisabilité et la pertinence de l’outil tout en s’interrogeant sur les objectifs à atteindre par ce changement. Cela doit être l’affaire de tous, du chef d’entreprise en passant par le directeur commercial et marketing, du chef de projet et les utilisateurs finaux…


En second lieu, une entreprise doit se donner les moyens de ses ambitions : disposer de ressources humaines et financières suffisantes pour s’équiper d’outils numériques essentiels, allant vers la dématérialisation des documents par la GED en structurant leurs données (SGBD) et organisant leurs flux d’activités par le workflows, l’intégration des solutions de gestion telles que ERP, BI, CRM pour la maîtrise des processus et des coûts, ainsi que la mise en place d’une stratégie marketing digitale pilotant le changement en vue d’augmenter la visibilité, la fidélisation client, le gain de leads, l’accroissement des parts de marché, la bonification de l’image de marque...


Le passage vers le digital doit se faire par l’accompagnement des entreprises et leurs collaborateurs dans cette transformation par un apprentissage des nouvelles technologies par le biais des formations régulières en s’entourant de spécialistes et prestataires reconnus dans leur métier pour encadrer ce transfert digital plus efficacement.


Le résultat d’une transformation digitale peut être observé rapidement, mais pour que les retombées coïncident avec les attentes d’une entreprise, un plan opérationnel régi par des indicateurs de contrôle de performance doit être mis en place pour mesurer et optimiser les résultats escomptés.


Chaque entreprise doit considérer le digital comme une arme concurrentielle lui permettant de conserver à terme un avantage sur ses concurrents, de changer de dimension en vue de prendre l’avantage sur son marché par la mise en place de la data alimentée d’informations et de données sur prospects et clients pour le développement de l’activité de l’entreprise. En définitive, la transformation digitale est basée sur les aptitudes techniques, financières et humaines à aller vers le changement, mais c’est surtout un changement comportemental. Un virage à prendre obligatoirement pour assurer la pérennité de l’entreprise et changer la donne.


- Où en sont les entreprises algériennes dans ce domaine par rapport à ce qui se fait ailleurs ?


Elles sont encore à l’état embryonnaire. La conscience existe, mais les actions sont rares ! Nous sommes présents sur ce marché depuis 2003, nous accompagnons les entreprises et les structures de santé vers la digitalisation. Nous connaissons depuis 2013 un léger engouement des organisations vers la mise en place des outils de gestion informatisée comme les ERP. Ceci reste une étape fondamentale de la stratégie de digitalisation d’entreprise. Notre marché reste élémentaire sur le BtoB et le BtoC.


Si le sujet de la transformation digitale est devenu une priorité pour les entreprises algériennes, cela est tout simplement dû aux engagements et aux relations d’échanges avec l’environnement économique international qui incitent les entreprises à s’adapter aux exigences et d’aller vers l’activité numérique avec l’ouverture économique. D’autre part, le volume des flux d’informations avec les partenaires étrangers nécessite l’adaptation et la digitalisation de notre activité pour répondre aux normes des transactions internationales.


Malheureusement, en matière de promotion de la transformation digitale en Algérie, les grandes entreprises locales restent encore à la traîne, à l’exception de quelques-unes qui restent des exemples intéressants de cette nouvelle économie. Ce sont plutôt les multinationales qui prennent la tête en matière d’innovation et d’ouverture vers la transformation digitale en s’inspirant de ce qui a été fait dans leurs maisons mères.


Prenons le cas des banques internationales qui ont opté pour l’introduction de la digitalisation et la transparence dans les transactions du commerce électronique : le E-commerce, le E-paiement et la sécurisation des données. Nous remarquons qu’un grand nombre d’entreprises algériennes dans le secteur de l’industrie sont insouciantes d’aller vers la transformation digitale grâce aux solutions de gestions intégrées et des équipements et procédés de production de pointe.


- Quel impact sur l’entreprise en termes de résultats financiers et de gouvernance ?


L’impact de la digitalisation se traduit dans la maîtrise et l’optimisation des processus et flux de l’entreprise. Cette maîtrise se traduit par la suite par un avantage concurrentiel qui produira plus de croissance et de bénéfices pour l’entreprise. La digitalisation permet à l’entreprise d’avoir de plus en plus de données sur son marché, ses clients, ses concurrents et son environnement en général. Toutes ces données seront exploitées par les outils analytics et Big Data pour en sortir des analyses prédictives de plus en plus précises. La bonne gouvernance a besoin de la bonne information traitée, modélisée et projetée dans le futur en multidimensionnel ; cela n’est plus possible sans une digitalisation réfléchie et réussie !



source: EL Watan

Analyste: El Hachimi Benali

Expert consultant en stratégie IT...

A voir aussi