Le Maroc, nouveau point d’entrée de la route de la soie chinoise en Afrique



Le Maroc, nouveau point d’entrée de la route de la soie chinoise en Afrique

Au-delà de l'effet d'annonce, les intérêts que le Maroc peut tirer du mémorandum d'entente signé jeudi par le ministre Nasser Bourita à Pékin sont bien concrets. Tour d'horizon.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a conclu, ce vendredi 17 novembre, une visite de travail de deux jours en Chine. Il y a rencontré son homologue, Wang Yi, ainsi que le conseiller d’État Yang Jiechi. Le but : signer un mémorandum d’entente pour inclure Rabat dans la « nouvelle route de la soie » chinoise, projet lancé en 2013 – également connu sous le nom de « One Belt, One Road » (OBOR).

Cette initiative appelée à modifier la carte des échanges internationaux et à vivifier les échanges entre la Chine et le reste du monde, grâce à un solide réseau d’infrastructures et d’accords, est entrée dans la Constitution du puissant Parti communiste chinois en octobre, à l’occasion de son 19e Congrès national.

En Afrique, Djibouti, le Kenya et l’Éthiopie ont déjà officiellement intégré cette nouvelle ceinture chinoise, qui s’appuie notamment sur les ports d’Afrique de l’Est. Mais le Maroc est le premier pays du quart nord-ouest de l’Afrique à signer un tel mémorandum.

Tanger, hub vers l’Afrique

« Si le « revirement africain » du Maroc a rencontré les ambitions chinoises sur le même continent, c’est aussi une question de rythme », relève Hicham Belmaachi, PDG de Khorgos-Eastern Gate, projet inscrit dans la route de la soie au Kazakhstan. Ce dernier remarque : « C’était en 2005-2006, qu’au Maroc comme en Chine, j’ai commencé à entendre parler de « visées africaines » ».

« C’est sur un chemin commun que Rabat et Pékin s’entendent », assure Fathallah Oualalou, ancien ministre de l’Économie et des finances et auteur du livre Répondre au second dépassement, La Chine et nous, paru aux Éditions La croisée des chemins.

Le sinologue et économiste, Thierry Pairault, écrivait dans un article universitaire en 2017 : « D’une manière générale, les quinze projets signés en mai 2016 à Pékin lors de la visite du roi Mohammed VI visent tous à profiter de la position commerciale stratégique du Maroc entre l’Europe et l’Afrique et à la développer, mais rêvent également de « booster » les investissements sino-marocains en Afrique et ce d’autant plus que le Maroc vient de réintégrer l’Union africaine (UA).

Si le Maroc intéresse, c’est aussi grâce à ses atouts logistiques, précise Hicham Belmaachi. « Pékin cherche des localisations géographiques qui ont du sens », ajoute-il. Le port de Tanger, un des plus gros hubs du monde, est un de ces points d’attraction. Une partie de son matériel, notamment ses grues, a d’ailleurs été fourni par des entreprises chinoises. »

La route de la soie est déclinée en plusieurs axes ; un, terrestre, qui va vers l’Europe via le Kazakhstan, un deuxième qui va vers l’Inde et le Pakistan et un troisième, maritime, qui concerne l’Afrique. Tanger pourrait se placer au centre de cet axe.

Thierry Pairault, dans son article, a relevé le fait que le rapprochement de Pékin avec Rabat se fait au détriment d’Alger, notamment pour des questions d’infrastructures : « Par le débit portuaire des conteneurs, le Maroc se place au 39erang mondial, tandis que l’Algérie se classe au 91e rang sur 157 pays recensés ». Les intérêts chinois en Algérie tournent cependant déjà autour des infrastructures portuaires.

Faire du Maroc une destination pour les investisseurs

Thierry Pairault, dans une déclaration à Jeune Afrique, tient à mettre en garde : « On lit des articles au ton triomphateur. Attention ! Le communiqué chinois est plus réservé. La route de la soie n’est mentionnée que dans le titre ». Il précise : « Un mémorandum n’est pas un engagement précis. Il n’oblige aucune des parties. D’autant plus qu’en Chine, les ministères des Affaires étrangères et du Commerce peuvent diverger dans le ton ».

Il remarque néanmoins « une bienveillance chinoise pour la dynamique marocaine » et décrypte les avantages que le Maroc peut tirer de ce mémorandum : « Les grandes entreprises publiques chinoises n’investissent pas à l’étranger, ou très peu. En revanche, le mémorandum soutient la coopération et indique au secteur privé ou à des structures semi-privées une destination potentielle. »

Hicham Belmaachi ne dit pas vraiment autre chose : « Quand un pays est « référencé », les entreprises chinoises « zooment » dessus. On prévient les investisseurs potentiels dans les différentes régions chinoises et le pays en question peut s’attendre à des visites. »

La dynamique de la route de la soie, d’ailleurs, avait, dans les faits, déjà pris. En septembre dernier, le constructeur automobile Peugeot a réuni ses sous-traitants en Chine pour les préparer à une expatriation globale. Direction : Kénitra. Un exemple de l’intérêt que le Maroc a à intégrer un corridor économique majeur : les entreprises suivent.

Une source ministérielle confie : « En plus de créations d’emplois, on peut espérer du soutien d’entreprises chinoises sur des projets structurant et porteurs pour le Maroc, notamment dans les ports et dans le rail ». Déjà en 2016, il avait été sous-entendu que la ligne grande vitesse reliant Marrakech à Agadir pourrait être réalisée par la China Railway Construction Corporation.

Un partenariat concrétisé

En mai 2016, le roi Mohammed VI a effectué une visite officielle en Chine. Plusieurs conventions avaient alors été signées. « Et déjà, tout indiquait une volonté de marche commune en direction de l’Afrique subsaharienne », remarque Oualalou. En effet, Attijariwafa Bank, actait un accord avec China Africa Development Fund, le fonds chinois dédié aux investissements en Afrique, pour coopérer dans les pays africains ou la première banque marocaine est active. BMCE Bank of Africa assurait la même institution chinoise d’être sa partenaire pour des projets africains, tandis que la Banque centrale populaire étendait son partenariat conclu en 2014 avec l’Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) au financement de projets chinois en Afrique subsaharienne. « L’Afrique subsaharienne va s’inscrire au centre des relations sino-marocaines », croit savoir Oualalou.

« L’avenir sera sûrement fait d’une approche triangulaire, même si chacun des acteurs ne pèse pas le même poids », continue l’économiste. Ce dernier relève d’ailleurs que dans le secteur bancaire, principal lieu de partenariat sino-marocain pour le moment, « la logique est à la coopération en direction de l’Afrique ».

L’agriculture est, par ailleurs, une composante essentielle de la coopération chinoise en Afrique. Le Maroc, quant à lui, cherche depuis quelques années déjà, sous l’impulsion royale, à renforcer son ancrage en Afrique pour répondre certainement à un besoin d’intégration régionale. L’OCP, son groupe national de production des phosphates, est appelé, dans ce cadre, à promouvoir, avec les pays africains, un partenariat sud-sud agro-industriel. « À partir de leurs atouts en matière de réserves et de production de phosphates, la Chine et le Maroc peuvent œuvrer ensemble pour vulgariser les instruments d’innovation agricole en Afrique », écrivait Fathallah Oualalou en octobre dans une note pour lOCP Policy Center à ce sujet.


source: Jeune Afrique

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