Des idées pour changer l'Algérie Wikistage Ouargla

  • 22 février 2018 / Actualité / 276 / Africa-Bi1


Des idées pour changer l'Algérie  Wikistage Ouargla

Il s'agit d'abord d'un projet collaboratif juvénile autour de l'implication dans le changement. En fait, c'est une adaptation algérienne des conférences «Talks Stage» organisées de par le monde dans le but d'éveiller la curiosité d'un public trié sur le volet autour d'une thématique scientifique, culturelle ou éducative, dirigée par des speakers ayant une expérience ou une idée à partager afin d'inspirer une action pour le changement. 
Le charisme et le charme des orateurs qui se sont succédé devant un public plutôt anglophone, rarement arabophone ou francophone, est indéniable, notamment pour Selma Bekkouche, Sonia Rejdal, Fares Kafi et Mohamed Cherif Zeghidi qui ont captivé l'assistance avec des récits impressionnants et touchants.
Même le choix de Fethi Mahdjoub, cadre à la direction du tourisme deOuargla, qui semblait détonner au milieu de ces jeunes et si loin des méandres de l'administration, a fini par s'imposer non pas par le show proprement dit, mais par le sujet qu'il a choisi de porter en tant que commis de l'Etat puisqu'il a parlé du tourisme à Ouargla à l'horizon 2030, un sujet qu'il maîtrise et qui a aiguisé la curiosité et les débats.
Mais commençons par le commencement. Qui sont les organisateurs du Wikistage Ouargla ?
Ils sont une trentaine de filles et garçons, étudiants universitaires pour la plupart, curieux du monde et affiliés à l'Aiesec qui se définit comme une organisation internationale, apolitique, indépendante et à but non lucratif, entièrement gérée par des étudiants et de récents diplômés de l'enseignement du supérieur développant le potentiel de leadership et de volontariat chez les jeunes dont une filiale se trouve à Ouargla. Celle-ci réunit des volontaires maîtrisant plus ou moins bien l'anglais, en plus de connaissances dans leurs domaines et qui participent à plusieurs Boot Camps, formations et campagnes de volontariat à travers le monde lors des vacances universitaires.
Pour ces nouveaux visages de la wilaya de Ouargla, l'objectif est de vivre une expérience mondiale adaptée à la réalité locale dans un but collaboratif qui consiste en le lancement d'un projet, une idée nouvelle et innovante qui puisse changer quelque chose dans la vie locale.
C'est ainsi qu'en marge des interventions et débats fort intéressants, Bouchra Messaoudi, chef du projet Wikistage Ouarglaa présenté la vision pour l'Algérie de 2030 de son groupe et qui consiste en une action en faveur de la modernisation des moyens didactiques des établissements scolaires de la ville de Ouargla par l'introduction des TIC. Ce projet, proposé à l'enrichissement et à l'adhésion séance tenante, exige des volontaires très déterminés et impliqués, dont une centaine au moins se trouvait déjà dans la salle.
Pour Bouchra Messaoudi, le choix initial des participants à travers un formulaire aux questions précises publiées sur les réseaux sociaux avait pour objectif la recherche de personnes aussi motivées qu'enthousiastes au débat autour des questions relatives à l'implication des jeunes pour un changement salutaire de la société mais aussi le passage à l'action afin de ne plus théoriser et laisser une empreinte réelle. Le débat houleux qui s'en est suivi témoigne d'une prise de conscience des enjeux de l'éducation nationale et de la volonté des jeunes à participer à l'amélioration des conditions par des idées innovantes.
C'est d'ailleurs l'intervention du Dr Djelloul Bourahla, enseignant adulé des étudiants de la faculté des langues de Ouarglaqui a marqué le consensus autour de la nécessité d'une action ferme et organisée en faveur de l'école. «C'est l'implication de la société civile qui fera toute la différence et je suis absolument convaincu que vous trouverez les mots et les actions précises qui convaincront l'administration et les enseignants à opérer ce changement», dira-t-il.
Le débat autour de l'initiation des enfants du cycle primaire à l'utilisation d'applications éducatives sur tablettes et smartphones a suscité beaucoup d'intérêt et a donné des idées. Pour les uns, l'administration de Benghabrit n'acceptera jamais l'intervention d'un collectif de jeunes pour apporter de la technologie à l'école, sachant qu'internet ne dépasse pas le seuil de l'administration, fera-t-on remarquer.
Pour d'autres, l'idée même d'exploiter des tablettes à l'école est inacceptable vu le danger potentiel sur la santé de l'enfant. Une idée qui n'a pas fait long feu devant la philosophie innovante de Bouchra et ses amis qui sont convaincus que des sponsors bienveillants les aideront à concrétiser ce projet de réappropriation de l'outil technologique utilisé comme moyen de distraction par les familles en un moyen didactique et éducatif.
Le Dr Bourahla interpelle les jeunes sur une thématique qui n'a que trop tardé, selon lui. «50% des écoles publiques aux USA usent de Google éducation et nous en sommes encore au tableau et la craie ; nous doutons encore, malgré le retard, que l'initiative pourra être mise en branle tout de suite, alors que les tablettes Granbox sont moins chères et pratiques. Allons-y, nos enfants sont des digital natives, c'est l'école qui les retarde», a-t-il lancé aux présents.
Inspiring speakers
L'émouvante Selma Bekkouche, chargée de recrutement au Groupe RedMed à Hassi Messaoud, a été la première à ouvrir le bal. Une prestation qu'elle a décidé de maintenir malgré son deuil tout récent suite à la perte de son père trois semaines plus tôt. L'oratrice a parlé de son expérience personnelle en tant que simple licenciée à la recherche d'un emploi qu'elle n'a pu décrocher qu'à force de lutte et d'amélioration de ses compétences à travers des formations supplémentaires .
Postuler à un doctorat, échec, elle décida de recherche son potentiel jusqu'à décrocher ce poste dans le recrutement dans une aussi prestigieuse boîte que RedMed, une aubaine pour cette femme qui aime le public. Pour cette bénévole dans le conseil stratégique très présente sur les réseaux sociaux, frôler la dépression, perdre ses parents sont autant d'événements qui ont forgé sa personnalité.
Elle demande aux jeunes de ne pas lâcher prise, de ne pas céder au désespoir et d'essayer de faire de chaque jour une occasion pour renouveler le combat pour une vie meilleure. Sa vision pour l'Algérie de 2030 ? Que chacun participe avec ses tripes dans le changement à sa petite échelle et donner le meilleur à son pays. Mohamed Cherif Zeghidi, master en langue anglaise et passionné de graphisme dont il a fait son métier, a choisi de parler de créativité.
Quand on est jeune et sans but précis dans la vie, exaspéré par tout ce qui ne marche pas, Mohamed pense qu'il ne faut point démoraliser et d'apporter de la créativité à sa vie non pas en cherchant désespérément la bonne idée mais en créant des idées tous les jours, les écrire et muscler un peu plus chaque jour son cerveau et maintenir cet entrainement jusqu'au jour ou l'idée majeure surgisse. Pour Zeghidi, « On ne nait pas créatif, on le devient et c'est en cherchant et en restant curieux de tout ». Somme toute, l'orateur demande aux jeunes de ne pas perdre leur enthousiasme, leur capacité à s'émerveiller devant les découvertes et d'améliorer leurs capacités.
Dans cette logique, pas de place au désespoir, une fenêtre sur l'avenir est ouverte. Farés Kafi, master en langue anglaise installé à Dubaï parlera quant à lui d'investissement personnel, des choses à faire pour s'améliorer chaque jour, en plus de l'enseignement. Relatant sa propre expérience en tant qu'enseignant de langues, Farés estime qu'il faut tirer profit des expériences des autres et du potentiel offert par l'Algérie en matière de formations supplémentaires, aimer son quartier, sa ville et investir en tant qu'individus dans le changement en commençant par soi.
Relatant l'expérience des émirats unis, Farés estime que son exil n'a qu'un seul but : se forger une expérience pour mieux donner à l'Algérie de demain, parce qu'il considère que les jeunes ne s'investissent pas assez pour la communauté nationale. D'où cette participation au Wikistage qui résume pour lui l'implication nouvelle des jeunes universitaires dans la chose publique et leur volonté d'être acteurs du changement.
Mohamed Riad Dadi, Master en finances, cadre à Air Algérie après deux ans au Career center de l'université de Ouargla, a pour sa part focalisé son speech sur l'importance du volontariat dans la construction de la personnalité des jeunes et leur carrière professionnelle. Il a raconté comment il a trimé pour chercher un boulot pendant plusieurs années, durant lesquelles il a rempli son temps libre par des actions bénévoles dans le cadre associatif.
Lors de son premier entretien d'embauche, la question inéluctable de l'expérience professionnelle a tourné en avantage puisque Riad a eu l'idée géniale de mettre en évidence son expérience en tant que comptable et trésorier de trois associations caritatives de Ouargla dans son C.V. Une expérience qui a compté lors de son recrutement comme conseiller au Carrer Centrer de l'université puis dans sa promotion grâce à un recrutement à Air Algérie mais aussi en tant que coach assurant des formations spécialisées au sein de l'AISEC.
Reste Fethi Mahdjoub, le chef de service du tourisme à la direction éponyme de Ouargla qui, dans un débat interactif fort intéressant a aiguisé la curiosité des jeunes qui lui demandaient pourquoi il ne faisait rien pour que Ouargla devienne une destination touristique de choix ? Sa réponse : dans son plan d'action à l'horizon 2030, Ouargla est en passe d'exploiter 18 sources thermales sur les 38 qu'elle compte grâce à un appel à manifestation d'intérêt lancé tout récemment.
Pour Fethi Mehdjoub, outre la sortie de la toute première promotion de guides touristiques de la wilaya de Ouargla cette année et la mise en ligne d'une application touristique sur Smartphone, il s'agit à présent de se réapproprier la route des ksour, de lancer un circuit dédié aux zones humides appelé « les sentiers faunistiques et floristiques de Ouargla », un circuit cultuel et spirituel autour des zaouïas et enfin un circuit culturel dans la ville ibadite enfouie sous les sables à Sedrata et la découverte des oasis.
 


source: El Watan

A voir aussi