Conjoncture : Dévaluation du dinar, l’option qui divise

  • 03 décembre 2019 / Actualité / 55 / Africa-Bi1


Conjoncture : Dévaluation du dinar, l’option qui divise

Dans cette conjoncture marquée par un important déficit en ressources et une baisse accélérée des réserves de change, sur fond de crise économique, la dévaluation du dinar s’impose-t-elle encore comme une option inévitable ou s’avère-t-elle, au contraire, une démarche risquée et inopportune ? Pour certains experts, les agrégats économiques actuels plaident pour une telle éventualité, alors que pour d’autres, d’autres mécanismes pourraient encore être mis en place par la Banque d’Algérie pour éventuellement freiner la tendance à la dévaluation du dinar, accentuée au cours de ces dernières années conséquemment à la chute du cours du baril. Un sujet loin de faire l’unanimité au sein des économistes. Lors d’un débat sur une série de thématiques liées à la conjoncture économique actuelle de l’Algérie, diffusé par Radio M (café des experts économiques), l’expert Ferhat Aït Ali a affirmé, à ce propos, que « c’est la répartition du dinar dans les flux financiers internes qui pose problème et non sa valeur intrinsèque ». Selon lui, « si on casse la valeur de ce dinar pour le remplacer par un autre qui nous permettra de dégager des montants assez conséquents —et là il ne s’agit pas d’une  dévaluation mais d’une refonte de la monnaie nationale—, on peut remonter les petits et juguler les appétits des grands ». Le fait est que « nous sommes face à une austérité qui s’imposera d’elle-même, et il faut l’assumer et la répartir ». L’expert Réda Amrani ne partage pas le pessimisme ambiant, « car on a une économie qui tourne, qu’on le veuille ou non, et l’Etat existe ». En fait, « aujourd’hui, on a une certaine dynamique et une croissance de 2 ou 2,5% qui est maintenue vaille que vaille, et par conséquent je ne vois pas l’opportunité d’une dévaluation du dinar ». L’expert admet qu’ «il y a déficit, mais ce déficit n’est pas dû à l’activité économique, mais à une gestion vraiment archaïque du budget », d’autant plus qu’ « on a toujours 40 à 45% d’informels qui ne passent pas à la solidarité nationale, qui ne paient pas leurs impôts ». Donc, « on est dans une situation où il faut informatiser tout le système fiscal pour récupérer 15 à 20% » des ressources de« l’informel ». Dans le même contexte, et concernant certaines prévisions alarmistes, l’expert Mourad Goumiri a déploré le fait que
« certains économistes se sont convertis en visionnaires ». Pourtant, « les projections sont faites pour être réévaluées ». En ce qui le concerne, « la dévaluation du dinar n’est pas une fin en soi. C’est un instrument qui doit être mis avec d’autres instruments et mécanismes dans le cadre d’une politique globale, et c’est à partir de là qu’il faut décider de dévaluer ou pas ». Lors de ce débat, les intervenants ont été unanimes à déplorer l’instabilité à la tête des deux institutions de souveraineté que sont Sonatrach et la Banque d’Algérie, en ce sens que cette instabilité porte atteinte à l’économie et à la crédibilité du pays vis-à-vis de nos partenaires étrangers. « C’est qu’en Algérie, on a tendance à oublier le pouvoir monétaire », a souligné Mourad Goumiri, qui rappelle que dans la loi 90-10, on avait resitué le pouvoir monétaire avec deux articles fondamentaux », consacrant « la relation Trésor-Banque centrale et l’inamovibilité du gouverneur et des membres du Conseil de la monnaie et du crédit pendant un mandat ». « On a enlevé ces articles et on a cassé la relation Trésor-Banque centrale pour revenir à la prédominance de l’exécutif », a-t-il déploré. A propos de la conjoncture économique actuelle, les experts ont mis en avant les opportunités et les capacités de l’Algérie ainsi que les conditions de sortie de crise. En attendant l’évolution des choses, « nous sommes dans une situation de trouble, non seulement dans la vision mais aussi dans la décision », avoue l’expert Réda Amrani. Quelles sont les nouvelles règles du jeu ? C’est la question posée par l’expert Mourad Goumiri, et qui résume l’ampleur des incertitudes de la conjoncture actuelle, en attendant que le pays se stabilise, au plan politique d’abord, pour pouvoir relancer la machine économique.


source: EL MOUDJAHID

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