Algérie : INTERVIEW : Sur l’amendement en 2018 de la loi Algérienne sur les Hydrocarbures (Dr Ali Kefaifi expert pétrolier, ancien conseiller et directeur de la stratégie au ministère de l'énergie (1996-2002)

  • 06 novembre 2017 / Actualité / 593 / Africa-Bi1


Algérie : INTERVIEW : Sur l’amendement en 2018 de la loi Algérienne sur les Hydrocarbures (Dr Ali Kefaifi expert pétrolier, ancien conseiller et directeur de la stratégie au ministère de l'énergie (1996-2002)

Pensez-vous que la révision de la loi sur les hydrocarbures, dans le contexte actuel est nécessaire ?



Quelles sont les étapes historiques de révision de la loi Algérienne sur les hydrocarbures? 

 

-          Voici les quatre étapes du processus de révision de la lois :





1) 1986 : la loi 86-14 de 1986 a été une loi nationaliste et solide, la basique loi inter-temporelle algérienne (calquée sur la loi indonésienne sur les hydrocarbures) dont le fruit sont les nombreuses découvertes et 90% de la production des 25 dernières années.



 



2) 2005 : a été la loi américano-centriste inspirée d’un étudiant marocain oujdéen chassé de la classe de Math Sup du lycée Lyauthée de Casablanca puis rattrapé grâce à une bourse du FLN  qui lui a permis d’aller au Texas A&M après avoir échoué à devenir ingénieur des Mines de l’Ohio , visant les Charbonnages dans son Maroc Oriental (Oujda ) natal. 



Alors que la loi 86-14 avait maintenu le RRR (ou Ratio de Récupération des Réserves) à 100 % de 1972 à 1999, la piètre et scélérate « loi » de 2005 a fait tomber le RRR  de 110 % à 10 %.





3) 2013 : la loi de février 2013 visant à améliorer l’attractivité du potentiel pétrolier et introduire trop prématurément les gaz de schistes. 

 



4) 2018 ou 2019: un amendement annoncé par un ministre de l’énergie qui à défaut de pouvoir sauver son secteur pétrolier, œuvrerait pour laisser un texte ,une loi qui porterait son nom faute de pouvoir augmenter les réserves pétrolières de 6 ou 12,2 à 25 giga barils.

 

-Pourquoi selon vous les précédentes révisions de la loi n’ont pas été nécessaires?





Primo, Un premier bilan de l'insuccès des précédentes lois est essentiellement due au côté peu attractif des gisements proposés, et non à l'aspect fiscal



C'est ainsi le cas du précédent appel d'offres de 2014 pour lesquels seulement 4 gisements sur une trentaine ont trouvé preneur. 



L'on peut retenir sur ces quelques projets un seul gisement, quoique difficile sur le plan des travaux sismiques, qui a pu paraître intéressant et confié au groupement Shell et Repsol.





Secundo, une simple comparaison des résultats des trois précédentes lois (86-14 de 1986, celle de 2005 et la version voulant consacrer le gaz de schiste de 2013) montre qu' incontestablement la loi 86-14 de 1986 est très attractive et a été très facile à mettre en œuvre. 



Elle démontre que le problème n'est pas dans la loi mais plutôt l'application débureaucratique de la loi ainsi que la minimisation de l’appréciation économique du risque géologique de découverte.





Tertio, l'Algérie n'est pas seule dans le monde pétrolier. Elle doit tenir compte des autres concurrents, dont aujourd'hui ,en octobre 2017 ,le Mexique et le Brésil ,dont 12 milliards de barils proposés en ce moment soit l'équivalent des réserves annoncées par l'Algérie dans le cadre de l'OPEP. Elle doit aussi tenir compte pour les 2 ou 3 prochaines années de la concurrence de pays qui présentent des réserves très importantes et des coûts Capex (investissements) et Opex (couts d’exploitation) parmi les plus bas dans le monde. Ainsi, et à titre d’exemple, l’Irak et plus près de nous que  la Libye. La Libye constitue pour l'Algérie un concurrent très important et ce pour plusieurs raisons : des ressources gigantesques à découvrir, des coûts très bas, les infrastructures existantes et la présence de pétrole de schiste très valorisant au lieu et place de ce gaz de schiste coûteux et non encore rentable en Algérie.



 

Est-ce que cet amendement peut avoir d’autres objectifs ?

 

Le monde pétrolier est en période d'incertitude et semble connaître une fin de cycle séculaire.



Avec le gaz naturel pour véhicules GNV, la Voiture Electrique (EV) et l’électricité solaire ou éolienne la voiture électrique dispose d’ 1 % du marché en 2017, vise 7 % du marché en 2030 et 51 % en 2040, d'où la fin du monopole (et des cartels de prix) du pétrole dans le secteur des transports , monopole exercé depuis 1920. De ce fait existe de grandes incertitudes sur la demande pétrolier durant la prochaine décennie. 



Les prévisions à long terme des organisations internationales prévoient des scénaris  pessimistes ou la demande sera en baisse du fait de la stagnation ou la baisse appelée  «  pic de la demande ».



De ce fait l'amendement 2018 de la loi pourrait avoir d'autres objectifs mineurs qui feraient oublier les véritables objectifs à assigner à la politique pétrolière algérienne ,à savoir : 



-Développer le méga gisement de Hassi-Messaoud et valoriser industriellement le gaz naturel.



-Cibler et explorer un méga gisement (de 50 milliards de barils de ressources) à la frontière géologique dans le Nord de l'Algérie.

 

-Mettre en œuvre un modèle efficace de consommation énergétique.



-Contribuer à la diversification économique de l'Algérie.

 

Quels sont les éléments d’attractivité que la loi gagnerait à garantir sur le court terme au profit des partenaires et qu'en est-il du long terme?





L'analyse des résultats d'exploration directement obtenus par la Sonatrach durant les dernières décennies, montre que celle-ci devrait uniquement s'occuper de la rente pétrolière, sous la direction du Ministère des Finances, et de la gestion des infrastructures (oléoducs, gazoduc). Pour l'exploration, l’expérience internationale de ces dernières années, notamment l'importance de la technologie et des entreprises Juniors, démontrent la nécessité de changements dans la conduite de l'exploration des opérations. 



À cet effet, il est temps de neutraliser définitivement les effets de la BUREAUCRATIE (absence de rentabilité et de compétitivité) et de l’ETAT RENTIER (la Redistribution et l’absence de PRODUCTIVITE TOTALE DES FACTEURS). De manière concrète, et à court terme, la loi pétrolière devrait faciliter l'exploration des gisements pétroliers situés en frontière géologique dans le nord de l'Algérie et, par le recours à d'autres formules de droit pétrolier (contrats de services, contrats de risque services, etc.) permettre de doubler voire tripler la production du terrible gisement de Hassi-Messaoud ou des 25 sous-gisements « séparatistes selon la pression, la porosité et la perméabilité » , en utilisant la récupération tertiaire microbiologique, ou le gaz carbonique, etc.). À long terme, après les ruptures technologiques à venir , l’Algérie pourra songer à l'exploitation du pétrole de schiste, aux Tight Oil , ou pétroles d’argile compacte, ou gaz de schiste.

 

 

 Est-ce que la prise de participation aux projets (49-51%) est un élément incontournable d'attractivité ?

 

 La prise de participation dans les projets (49-51 %) n'est pas la seule variable de décision des entreprises pétrolières internationales. Il s'agit pour elle de limiter le risque en visant la maximisation de la rentabilité, celle-ci étant mesurée à travers la Valeur Nette Probabilisée (ou en anglais EMV ou Expected Monetary Value) qui reflète la somme des cash-flows probabilisés. 



D'où l'importance des gisements à proposer qui prennent le pas sur l'attractivité de la loi. L'attractivité de la loi demeure relative voire secondaire , car elle dépend des lois des pays concurrents, par exemple la Libye, l'Égypte, etc. Ainsi que de beaucoup d’autres paramètres. Dans ce cadre , à l’instar de  leurs ainés des années ’70 ’80 ’90 du Ministère de l’Energie , les responsables actuels devraient s’initier à la Programmation Dynamique (ou Mathématique) chère aux études de Recherche Opérationnelle développées aux USA des années ’50.

 

 

Est-ce que le contenu de la loi sur les hydrocarbures  est le seul frein à l’attractivité des contrats ? 



 Il est évident pour tous les opérateurs algériens ou étrangers que le principal frein à l'attractivité des contrats pétroliers, ou industrielle d'ailleurs, se situe dans la bureaucratie et l'absence de transparence.

Alnaft n’a qu’une et une seule alternative : proposer des systèmes pétroliers fiables et attrayants, le reste (loi pétrolière inadaptée) restera dans les « poubelles de l’histoire »





La réduction des coûts des projets, la rentabilité du baril, et le management moderne, est ce que ces aspects peuvent être institués dans une loi ? 

 

Ces aspects ne peuvent être institués dans une loi cependant ils peuvent être à la base d’une profonde réorganisation du secteur pétrolier algérien. Cette réorganisation devrait être réalisée dans les prochains mois sous peine d'inefficacité car le monde pétrolier est en plein changement. Et l’Algérie sera reléguée à un petit importateur net de pétrole , pendant la période 2022-2030.



 

Il a été annoncé la promulgation de la nouvelle mouture à fin 2018, cette annonce n’est-elle pas trop prématurée et un mauvais signal pour les compagnies partenaires ? 

 

la promulgation de la nouvelle mouture pour la fin de 2018 révèle l’incompétence et la fuite en avant. On n’annonce jamais des décisions stratégiques ! On les met sur le marché sans effets d’annonce ! Cette annonce a des effets négatifs car le temps est une variable aléatoire majeure. Surtout que le paysage économique et pétrolier algérien n’incite pas les Multinationales à venir en Algérie.



En effet, quelles sont véritablement les réserves pétrolières , 6 ou 12 giga barils ? 

La fin des exportations pétrolières est-elle pour 2022 ? Quel est le niveau du prix d'équilibre budgétaire ? Quelles seront les réserve en devises en 2020, 3 mois d’importations ? Que sera l'OPEP en 2020 , une simple entité statistique ? L'Algérie ,un futur importateur net de pétrole dans une demi-douzaine d'années ? L’Algérie a-t-elle intérêt à favoriser des prix élevés pour la prochaine décennie ?

 

 

 

Est-il judicieux de la part du ministre de l’énergie d’évoquer publiquement les défaillances de la compagnie Sonatrach, au moment où l’activité pétrolière est marquée par des mutations profondes ? 



Tout juriste pétrolier peut « pondre » un amendement de la loi en une quinzaine de jours et permettre à quelques responsables ministériels de vivoter pendant 12 à 18 mois, en pérorant sur les Energies Renouvelables, la commercialisation du gaz vers l’UE, la construction de 2 à 5 raffineries alimentées en pétrole importé, etc.

Ce que l’on attend de la part d’un premier responsable c’est de réorganiser le secteur confronté à des mutations profondes, à l’issue d’un cycle pétrolier marqué par le « Colonel » Drake en 1870 ,Rockefeller en 1920 ou l’Aramco avant 2020.

 

Fort heureusement , l’Algérie dispose d’un avenir sur à 100% , « matricé » par les Hommes et Femmes du 1er Novembre : les Ressources Humaines, la Diaspora , la Santé, l’Education, l’Agriculture, le Potentiel Touristique,  les Ressources Extractives composées des Matériaux du 21 ème siècle (Lithium, Cobalt, Terres Rares, Vanadium , Cuivre, Bauxite, Coltran , etc.) en quantités/ressources quasi INFINIES .

Il ne lui reste qu’à s’ouvrir, favoriser le secteur Privé algérien, débureaucratiser et … laisser la place au Labeur et à la Jeunesse. 

Nous sommes loin de l’amendement de la loi sur les Hydrocarbures !


source: équipe ABI

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